Johnny Depp is John Dillinger
| titre original | "Public enemies" |
| année de production | 2009 |
| réalisation | Michael Mann |
| scénario | Michael Mann |
| musique | Elliot Goldenthal |
| interprétation | Johnny Depp, Christian Bale, Marion Cotillard, Stephen Dorff, Billy Crudup, |
| Lili Taylor, Giovanni Ribisi | |
| version précédente | "Dillinger", John Milius, 1973 |
T'es fortiche, Michael Mann ! (review de Pierre)
Après une analyse détaillée, je distingue clairement 3 mouvements dans la filmographie de Michael
Mann :
- 1ère époque : c'est la période "classique" du réalisateur, qui va du
"Solitaire" à "Heat". Mann définit ses thèmes (l'homme contre le "système", la traque, la vie des truands) et son style (des plans
hyper-composés aux éclairages stylisés, quasi-abstraits ; la musique new-age) ;
- 2ème époque
: "Révélations", "Ali". Mann change de thèmes et de style. Certes, il montre toujours des solitaires en lutte contre l'establishement, mais traite de sujets plus "sérieux" et
politiques, directement en prise avec des questions de société (le fonctionnement des médias, le racisme). Question style, c'est un bouleversement que je comparerais à celui de "Maris et femmes" chez Woody Allen : Mann tourne désormais caméra à la main, avec des plans beaucoup plus courts qu'avant. Clairement, "Heat" était le sommet de l'époque précédente, Mann
ne pouvant pas aller plus loin, a décidé de tout bouleverser ;
- 3ème époque : retour aux thèmes de l'époque 1, mais avec le style de l'époque 2. Tout le monde suit ?
Pour résumer, depuis "Collatéral", Mann est revenu au film criminel, mais avec le style "caméra HD à la main" qu'il a mis au point sur "Révélations" et "Ali". "Public
enemies" s'inscrit bien dans cette époque-là.
Le pitch : C'est la vie de John Dillinger (Johnny Depp), fameux braqueur de banques des années 30, poursuivi par
une équipe spéciale du F.B.I., menée par Melvin Purvis (Christian Bale).
Soyons franc : pour qui connait bien les films de Michael Mann, "Public enemies" est du radotage. Radotage dans
l'histoire : tellement de choses ont déjà été vues dans "Heat" qu'on ne peut pas les énumérer. Certains plans, certaines phrases, sont reprises de manière quasi identique. Ex : dans
"Heat", Mann filme Pacino en gros plan au ralenti après qu'il ait descendu un des acolytes de De Niro ; ici, Mann filme Bale en gros plan au ralenti après qu'il ait descendu un des acolytes de
Depp. Certaines phrases de Depp pendant les braquages sont les mêmes que celles de De Niro. Etc.
Reste qu'un radotage de "Heat", ça reste meilleur que la plupart des autres
films qui sortent. Ici, Mann réussit à mon sens très bien le
personnage de Christian Bale (bien que toutes les critiques ne soient pas d'accord là-dessus). Enigmatique, froid et dur comme la pierre, le mec est un chasseur, un vrai prédateur. On ne le voit
jamais faire autre chose que poursuivre Depp. Depp qui, d'ailleurs, s'en sort bien (on se rappelle qu'il était déjà très bon dans "Donnie Brasco").
Et puis, il y a la musique... De ce point de vue, les BO de Mann sont toujours démentes, celle de
"Public enemies" ne faillit pas à la règle. Mann a notamment dégotté un morceau de blues de 2002, sorte de bluegrass traditionnel, mais joué sur une guitare
électrisante, qui symbolise parfaitement le film (une histoire des années 30 filmée de manière moderne). Mann aime tellement le morceau qu'il le case un entier au début, et le remet encore un peu
plus tard. C'est aussi le titre qui ouvre le CD : "Ten million slaves" d'Otis Taylor.
Cela étant, le film souffre d'une construction dramatique que l'on pourrait qualifier de peu aboutie. A force de
réalisme historique, on oublie parfois un peu qu'il faut faire un film là-dedans : prison, évasion, braquage de banque, fuite, re-prison, re-évasion, re-braquage, etc. Reste la fin... Comme
d'habitude, Mann balaye tout sur son passage lors des 10 dernières minutes, sa grande spécialité. On termine le film ému et ébloui.
Désormais, qu'on se le dise, Mann est devenu de manière incontestable le grand spécialiste toute catégorie du
film criminel. Faut lui reconnaître une constance impressionnante dans le genre : "Le Solitaire", "Le sixième sens", "Heat",
"Collatéral", "Miami Vice",
"Public enemies". Même les spécialistes (Friedkin, Scorsese) n'en ont pas fait autant que lui. Alors oui, il semblerait que Mann ne revienne plus à son époque n°1, celle où James
Caan arpentait la ville au son de Tangerine Dream. Mais Mann bande encore, c'est évident, et largement assez pour qu'on le suive pendant les 2h20 de cet excellent film.

Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard
Plusieurs films ont été consacrés à John Dillinger, dont une bonne série B de Max Nosseck ("Dillinger", 1945), mais "Public enemies" les
surclasse facilement grâce à l'interprétation de Johnny Depp et la mise en scène nerveuse et vigoureuse de Michael Mann.
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Un film n'est pas seulement une histoire que le cinéma vend, mais aussi une culture, un pays, un autre type de consommation. Cela, les Américains l'ont très bien compris. Bertrand Tavernier |