
| titre original | "M:i:III" |
| année de production | 2006 |
| réalisation | J.J. Abrams |
| interprétation | Tom Cruise, Philip Seymour Hoffman, Ving Rhames, Billy Crudup, |
| Laurence Fishburne, Jonathan Rhys Meyers | |
| épisodes précédents | • "Mission : impossible", Brian De Palma, 1996 |
| • "Mission : impossible 2", John Woo, 2000 |
Review de Gilles Penso (www.filmsfantastiques.com)
A l’instar de Sigourney Weaver sur la saga "Alien", l’acteur/producteur Tom Cruise semble s’efforcer de doter chaque épisode de la série "Mission :
impossible" d’une patine différente, en engageant des metteurs en scène aux styles marqués. « Chaque film de la saga est autonome et doit correspondre à la vision de son réalisateur », confirme
la co-productrice Paula Wagner. « Les points de vue diffèrent donc d’un film à l’autre, même s’il y a une continuité. » (1) Séduit par la série "Alias", Cruise a donc confié ce 3ème opus à son créateur J.J. Abrams, lequel appose sa patte d’emblée en optant pour une structure
narrative bien spécifique : le film s’ouvre sur une séquence anxiogène au cours de laquelle le héros est en très mauvaise posture, puis l’intrigue redémarre depuis le début jusqu’à nous conduire
progressivement jusqu’à cette situation clef.
« Les deux films précédents ne nous apprenaient pas grand-chose sur le personnage d’Ethan Hunt », explique le réalisateur. « Le premier nous faisait
savoir que ses parents étaient morts, le second nous montrait qu’il aimait bien faire de l’escalade à ses heures perdues… mais c’est tout. » (2) A côté de ses missions, notre espion a ici une vie
privée, des amis et une femme qu’il chérit par-dessus tout. Il s’est donc retiré du service actif pour un poste de formateur. Mais lorsque Lindsey, la plus brillante recrue de l’Impossible
Mission Force, tombe aux mains du redoutable trafiquant Owen Davian (excellent Philip Seymour Hoffman), Ethan se
sent obligé d’organiser lui-même une mission de sauvetage. Il constitue donc une nouvelle équipe, s’épaulant du génie de l’électronique Luther, du spécialiste des véhicules Declan et de la belle
combattante Zhen.
Ainsi, non content d’entremêler vie professionnelle et vie personnelle, J.J. Abrams s’efforce-t-il de revenir à l’essence même de la série de
Bruce Geller, autrement dit le travail d’équipe. Son épisode s’élève du coup bien au-dessus du très maniéré "M-I : 2", et s’approche de celui de Brian de
Palma qui demeure le mètre étalon en la matière. Passages obligatoires, les séquences d’action ne déméritent guère ici, la plus explosive d’entre elles étant probablement la fusillade sur le pont
au cours de laquelle voitures et comédiens voltigent allégrement dans les airs. Fidèle au style qu’il développa sur les séries "Alias" et "Lost", Abrams filme ces passages mouvementés avec le
plus de réalisme possible, évitant les ralentis stylisés, les montages cut hérités du vidéoclip ou les grands mouvements de caméra aériens.
Ces partis pris judicieux, assortis de quelques séquences de suspense très efficaces (notamment la fabrication de l’incontournable masque soumise ici à
un timing précis), dotent ce "M-I : 3" de solides qualités. Dommage que le scénario lui-même ne parvienne à éviter les redites et les pertes de rythme, amenuisant du coup
l’impact d’un film qu’on aurait souhaité mieux construit. On pourra également regretter que le talentueux compositeur Michael Giachinno se soit contenté d’une
partition sans éclat reprenant sagement les orchestrations originales du fameux thème de Lalo Schifrin. On espérait plus d’innovations de la part de celui qui
concocta la bande originale référentielle et ultra-énergique d’"Alias".
(1) et (2) propos recueillis par votre serviteur en avril 2006
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Un film n'est pas seulement une histoire que le cinéma vend, mais aussi une culture, un pays, un autre type de consommation. Cela, les Américains l'ont très bien compris. Bertrand Tavernier |