| titre original | "Minority report" |
| année de production | 2002 |
| réalisation | Steven Spielberg |
| scénario | d'après Philip K. Dick |
| photographie | Janusz Kaminski |
| montage | Michael Kahn |
| musique | John Williams |
| interprétation | Tom Cruise, Max von Sydow, Colin Farrell |
Review de Gilles Penso (www.filmsfantastiques.com)
"A.I." ayant été une cruelle
déception, cette seconde incursion de Steven Spielberg dans la SF futuriste était attendue avec une prudente circonspection. Mais c’était sans compter sur le
formidable sens de l’innovation et que cultive inlassablement l’auteur de "Rencontres du troisième type". Et de fait, "Minority report", inspiré d’une nouvelle de
Philip K. Dick, démarre sur des chapeaux de roue. Nous sommes en 2054, et la police de Washington possède une division dite de « pré-crime » qui permet
d’intervenir avant que les délits ne soient commis, grâce à trois êtres doués de pouvoir de divination, les précogs. Au service de cette unité spéciale, John Anderton (Tom Cruise) apprend un jour
qu’il est accusé d’un meurtre qu’il n’a pas encore commis. Devenu fugitif, il se retrouve pourchassé par sa propre équipe…
Dans le futur terriblement plausible de "Minority report", des caméras scannent les yeux des
passants pour les abreuver de messages publicitaires personnalisés, les dessins sur les paquets de céréales s’animent en chantant, les policiers sont équipés de réacteurs dorsaux et de matraques
provoquant les vomissements, les images holographiques en relief sont omniprésentes… « L’idée était de poser un dilemme au spectateur : le pré-crime représente-t-il une avancée technologique pour
le bien de la société, ou une menace pour la liberté individuelle ? », nous raconte le chef décorateur Alex McDowell. « Pour que le public ait le sentiment que les événements décrits dans le film
pourraient un jour arriver, il fallait les situer dans un environnement réaliste, directement inspiré du monde que nous connaissons. » (1)
Au milieu des multiples trouvailles du film, on trouve de moins convaincantes voitures aérodynamiques qui
arpentent par milliers l’asphalte et les façades des buildings. Cette figure futuriste, qui semble imposée depuis "Blade Runner" et ses imitations ("Le cinquième
élément", "La menace fantôme"), donne lieu à une poursuite peu crédible, laquelle semble n’exister que pour relancer une action sans doute jugée pas assez nerveuse. Cette petite réserve mise à part,
"Minority report" est une formidable réussite, Spielberg s’étant efforcé de rester fidèle à l’esprit de Philip K. Dick, tout en payant son tribut à la meilleure adaptation
cinématographique de l’auteur à ce jour, l’incontournable "Blade Runner". Du coup, tout comme le film de Ridley Scott, "Minority report" est un film noir déguisé en récit
de SF, nimbé d’une étonnante photographie quasi monochrome.
Spielberg revient également à ses influences de jeunesse, autrement dit les films d’Hitchcock, comme au bon
vieux temps de "Duel" et des "Dents de la
mer", et John
Williams renforce le trait en composant une partition qui cligne par moments de l’œil vers Bernard Herrmann. Au fil du récit, on sent aussi des réminiscences de Brian De Palma (le
formidable coup de théâtre dans l’hôtel), de "Strange days" (le protagoniste drogué aux souvenirs vidéo) ou de "L.A. Confidential" (la véritable identité du
vilain), mais "Minority report" n’en perd jamais son identité et sa foncière originalité. Bref, du Spielberg grand cru. Pas le meilleur, contrairement à ce que clamait une presse
exagérément enthousiaste, mais l’un de ceux qu’on marque d’une pierre blanche.
(1) propos recueillis par votre serviteur en juillet 2005


Photographie de Robert Gallagher pour les 20 ans du magazine Empire

Couverture du Cinefex d'octobre 2002
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Un film n'est pas seulement une histoire que le cinéma vend, mais aussi une culture, un pays, un autre type de consommation. Cela, les Américains l'ont très bien compris. Bertrand Tavernier |