Remake du Tobe Hooper
| titre original | "The Texas chainsaw massacre" |
| année de production | 2003 |
| réalisation | Marcus Nispel |
| récompense | Prix de la meilleure direction artistique pour Scott Gallagher au festival de Sitges 2003 |
| version précédente | "Massacre à la tronçonneuse", Tobe Hooper, 1974 |
Review de Gilles Penso (www.filmsfantastiques.com)
Michael Bay à la production, un réalisateur de clips derrière la caméra, un casting beau et musclé qu'on croirait
issu d'une sitcom... A priori, rien de bon n'était à attendre de ce remake du chef-d'œuvre de Tobe Hooper. Et bien, au diable, les à priori !
"Massacre à la tronçonneuse" version 2003 est une formidable réussite, un déferlement d'horreurs et de violence probablement aussi traumatisant pour le spectateur du 21ème siècle
que pouvait l'être l'original 30 ans plus tôt. La tâche était d'autant plus ardue que le personnage de Leatherface s'est mué en croquemitaine quasi-cartoonesque au fil des séquelles du premier
film, et que le slasher lui-même a pris un tour rigolard et bon enfant depuis sa relecture par Wes Craven et ses trois "Scream".
Mais la donne a changé ici. L'homme au masque de cuir ne prête absolument pas à rire et ses sanglants méfaits font vraiment froid dans le dos. C'est que
Michael Bay et son poulain Marcus Nispel se sont mis en tête d'effectuer un authentique retour aux sources. Ce parti pris s'affirme par un positionnement de
l'intrigue en 1974 (avec de fausses images d'actualité d'époque en guise de prologue et d'épilogue), par un casting beaucoup plus solide et convaincant qu'on aurait pu le croire de prime abord,
dominé par la toute belle Jessica Biel, et par une ambiance de terreur sourde magnifiée par la photographie de Daniel
Pearl, qui signa les images du premier "Massacre à la tronçonneuse". Le scénario met en vedette cinq amis, traversant le Texas en direction du Mexique, et
prenant en chemin une auto-stoppeuse étrange qui se suicide sous leurs yeux. Afin de prévenir la police locale, nos infortunés protagonistes se séparent et se heurtent à des autochtones pour le
moins inquiétants. En particulier un shérif sadique et psychopathe, et un Leatherface plus déchaîné que jamais.
Ancré dans une atmosphère très seventies (avec en prime le bon vieux van à la Scoo-Bee-Doo et l'inusable tube "Sweet home Alabama" des Lynyrd
Skynyrd), le film choisit de respecter scrupuleusement tous les éléments du récit original, en modifiant cependant leur agencement et parfois leur nature, histoire de réserver quelques surprises
à ceux qui connaissent déjà le classique de Tobe Hooper. Il ne s'agissait tout de même pas de réitérer l'erreur du "Psycho" de Gus Van Sant, qui péchait par excès de fidélité. Même Marcus Nispel
prend fidèlement la relève du réalisateur de "Poltergeist".
Car à part quelques facéties visuelles qu'on croirait issues du cerveau fertile d'un Sam Raimi, comme la caméra traversant la tête trouée d'une suicidée,
la mise en scène du jeune clipeur trouve son efficacité dans la sobriété de ses effets. Ce qui ne l'empêche pas d'être ciselée au millimètre près. Parmi les moments les plus marquants de ce
remake, on se souviendra notamment de la course-poursuite au milieu des linges tendus, fort stressante, et surtout la fameuse séquence du crochet à viande, atrocement interminable. Du
coup, ce nouveau "Massacre à la tronçonneuse" fait vraiment peur, et même si sa fin ouverte laisse imaginer une juteuse séquelle en cas de succès, il aura su échapper aux travers du film
d'horreur à la chaîne.
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Un film n'est pas seulement une histoire que le cinéma vend, mais aussi une culture, un pays, un autre type de consommation. Cela, les Américains l'ont très bien compris. Bertrand Tavernier |