Le remake du Wes Craven
| titre original | "The hills have eyes" |
| année de production | 2006 |
| réalisation | Alexandre Aja |
| scénario | Alexandre Aja et Grégory Levasseur |
| version précédente | "La colline a des yeux", Wes Craven, 1977 |
Review de Pierre
Au début, je n'en attendais pas grand chose, vu que :
- c'est le remake d'un film que je n'aime pas ;
-
c'est réalisé par un mec dont je n'aime pas le film précédent ("Haute tension", selon moi une imposture).
Mais il y avait depuis un moment un très bon buzz là-dessus ; le réal (Alexandre Aja) disait ne pas adorer l'original de Craven et s'être inspiré plutôt
des "Chiens de paille". Surtout, Mad movies est allé jusqu'à faire une couv dessus en titrant carrément : "un monument du film d'horreur". Rien
de moins ! J'étais donc assez excité à l'idée de voir ce truc.
Au final, non seulement ça n'est pas monumental, mais j'irai même jusqu'à dire que ça n'est pas bien. En réalité,
c'est un remake assez fidèle du film original. La dimension "Chiens de paille" n'a pas été ajoutée par Alexandre Aja, elle était déjà dans le film de Craven. Comme son modèle, "La
colline a des yeux" est un film assez plat. Seule différence notable : c'est beaucoup plus gore (le film de Craven ne l'était pas du tout), mais on s'en fout, on ne s'investit pas dans
l'histoire.
Je veux bien que l'exposition soit longue, mais l'histoire aurait demandé que lorsque le héros, un juif de gauche, décide de laminer les dégénérés, ça
devienne vraiment agressif ou pervers (cf. la méthode et l'organisation de Hoffman dans le film de Peckinpah). En fait, le man donne un coup de hache, deux coups de boules et voilà, mais surtout,
on ne ressent pas du tout le "retour à l'état animal" que tout cela suggère. On le comprend, ça c'est sûr, mais d'un point de vue purement émotionnel, c'est pas abouti.
Sans parler des multiples pompages de part et d'autre (générique pompé sur celui de "Dr. Folamour", scène de baston sans surprise pour qui a vu "True
romance", etc.).
Dans le genre "survival", on n'est pas DU TOUT au niveau de "Calvaire", "Massacre à la tronçonneuse" (le remake), ou "The Descent" (Aja dit avoir eu peur en voyant ce dernier sortir au cinoche avant son film, tellement il a trouvé ça bien : on le comprend !). Et tant qu'à aller voir un
remake, franchement, retournons voir "La
Malédiction", très largement meilleur !
Review de Gilles Penso (www.filmsfantastiques.com)
Film d’horreur brut et sans concession, "Haute tension" séduisit suffisamment les studios hollywoodiens pour que le réalisateur Alexandre Aja et son complice co-scénariste Grégory Levasseur se voient proposer moult propositions plus alléchantes les unes que les
autres. S’ils jetèrent leur dévolu sur le remake de "La colline a des yeux", c’est d’abord parce que leur admiration pour le père de Freddy Kruger est sans limites, et ensuite parce
que ce dernier leur laissa une liberté quasi totale sur la réécriture de son scénario initial. Respectueux de leur modèle, Aja et Levasseur en reprennent fidèlement la trame. Cette nouvelle
"Colline a des yeux" porte pourtant indubitablement le sceau de ses deux talentueux auteurs. Et ce, dès l’entrée en matière, qui accentue un aspect passionnant du récit : les
conséquences des essais nucléaires du gouvernement américain pendant les années 50.
Ainsi, après un prologue choc au cours duquel des chercheurs équipés de compteurs geiger sont massacrés à coup de hache avec une violence inouïe, le
générique de début instille un malaise croissant. Des images d’archives d’explosions atomiques y côtoient des clichés de fœtus malformés, le tout aux accents d’une chansonnette optimiste typique
des fifties. Plus le film avance, plus le pamphlet anti-atomique prend corps, jusqu’à un climax situé dans un village test créé par l’armée, dans lequel les maisons de banlieue sont
peuplées de mannequins souriants. Digne d’un épisode de "La quatrième dimension", ce décor surréaliste est une excellente trouvaille. Non content de parer le film d’un environnement résolument
original, il multiplie à loisir le jeu des contrastes.
Ce remake ne comporte donc pas deux familles antagonistes mais bien trois : les « normaux » équilibrés et citadins, les mutants sauvages et
cannibales, et enfin la famille « idéale » et fantasmée telle que la décrivaient les films publicitaires des années 50, et ici réduite à l’état de mannequins stupidement hilares. Les amateurs
d’incorrection politique apprécieront d’ailleurs l’usage que le film fait du drapeau américain, de l’hymne national des Etats-Unis et du fameux tube "California
dreamin’". Soucieux de préserver la brutalité du film original et d’en décupler les effets, Alexandre Aja a donné libre cours aux maquilleurs spéciaux de l’équipe de KNB.
« Nous avons fait des recherches sur les enfants de Tchernobyl, les effets du gaz orange au Viêtnam et toutes les altérations génétiques d’êtres humains
dues à des agents chimiques ou radioactifs », explique le cinéaste. « Nous avons trouvé des images qui vont au-delà de tout ce qu’on peut imaginer. Greg
Nicotero s’en est servi de référence pour créer les prothèses des mutants. » (1) Chaque fois que le sang coule, le manichéisme recule d'un pas, le remake reprenant à son compte la
thématique majeure de son modèle, que l’on pourrait résumer en une maxime universelle : « la violence engendre la violence ». A ce titre, Aaron Stanford campe
un anti-héros mémorable, à mi-chemin entre le Dustin Hoffmann des "Chiens de paille" et le Jon Voigt de "Délivrance", ivre de vengeance et basculant
finalement dans la bestialité qu’il voulait combattre.
(1) propos recueillis par votre serviteur en mai 2006
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Un film n'est pas seulement une histoire que le cinéma vend, mais aussi une culture, un pays, un autre type de consommation. Cela, les Américains l'ont très bien compris. Bertrand Tavernier |