Le remake du Carpenter
| titre original | "Rob Zombie's Halloween" |
| année de production | 2007 |
| réalisation | Rob Zombie |
| interprétation | Malcolm McDowell, Sheri Moon Zombie, Daeg Faerch, Tyler Mane, William Forsythe, |
| Danny Trejo | |
| suite | "Halloween 2", Rob Zombie, 2009 |
| version précédente | "Halloween, la nuit des masques", John Carpenter, 1978 |
Review de Gilles Penso (www.filmsfantastiques.com)
Un remake d'"Halloween" n'avait rien pour réjouir les fans de films d'horreur, surtout après la catastrophique relecture de "Fog" qui leur fut
infligée quelques années plus tôt. Mais avec Rob
Zombie à la barre du projet, certains espoirs étaient permis. Et effectivement, la 1ère moitié de cet énième "Halloween" s'avère prodigieuse, éclairant tout un pan de
l'histoire de Michael Myers resté jusqu'alors dans l'ombre. C'est donc presque à une prequel que nous avons droit, au sein d'une de ces familles crasseuses et hystériques dont semble raffoler
Zombie.
Pour nourrir ses trois enfants, Deborah Myers (Sheri Moon Zombie, épouse et égérie du cinéaste) gagne sa vie comme strip-teaseuse dans un bar louche
d'Haddonfield, tandis que son épave de compagnon emplit sa panse de bière en se plaignant des braillements du bébé et en lorgnant sur les mini-shorts de la grande sœur. Au sein de cette
atmosphère poisseuse, le jeune Michael Myers (l'hallucinant Daeg Faerch) grandit comme il peut, se refermant sur lui-même, cachant la plupart du temps son visage poupon sous un masque de clown et
tuant les animaux qui ont le malheur de passer à proximité de son cutter. Profondément asocial, il finit par attirer l'attention du docteur Sam Loomis, un psychiatre ambitieux auquel l'immense
Malcom McDowell prête son charisme, succédant sans rougir au pourtant inoubliable Donald Pleasence. Un soir d'Halloween, Michael bascule dans la folie meurtrière, assassinant avec une violence
inouïe son beau-père, sa sœur et son petit ami. Cette partie de la vie du « héros » d'"Halloween", que Carpenter avait résumé en quelques minutes le temps d'un plan-séquence subjectif entré dans
la légende, est donc l'un des moments les plus forts de cet audacieux remake, et le récit aurait dû logiquement se raccorder ensuite au scénario qui nous est familier. Mais Rob Zombie
décide d'aller plus loin dans l'exploration de son personnage, décrivant avec minutie la vie quotidienne de Michael dans l'institut psychiatrique où il est détenu, montrant la croissance de sa
passion pour les masques, et la transformation du petit garçon psychopathe en colosse hirsute résolument impressionnant (incarné par Tyler Mane).
Lorsque Myers s'évade, le remake emboîte le pas de son modèle de 1978, et force est de constater que le film perd dès lors la majorité de son
intérêt. Car la trame originale - extrêmement efficace en son temps, mais hélas galvaudée depuis - est quasiment reprise scène par scène. La surprise n'est plus vraiment au rendez-vous, les
protagonistes redeviennent de simples archétypes (les lycéennes hilares, le croquemitaine muet, le policier incrédule, le psychiatre omniscient), et Zombie lui-même abandonne en cours de route
les innovations de sa mise en scène. Certes, la violence paroxystique de certaines séquences assène de véritables coups de poings aux spectateurs, et les meurtres s'avèrent souvent longs,
pénibles et douloureux - alors que le sang ne coulait qu'avec parcimonie dans l'originale "Nuit des masques" - mais la 2nde partie du film souffre d'une trop grande aliénation à son modèle, et le
climax traîne artificiellement en longueur. Cet "Halloween" est donc une semi-réussite, qui vaut principalement pour sa remarquable entrée en matière.

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Un film n'est pas seulement une histoire que le cinéma vend, mais aussi une culture, un pays, un autre type de consommation. Cela, les Américains l'ont très bien compris. Bertrand Tavernier |