
| titre original | "Freddy vs. Jason" |
| année de production | 2003 |
| réalisation | Ronny Yu |
| interprétation | Robert Englund, Ken Kirzinger |
Review de Gilles Penso
(www.filmsfantastiques.com)
Ce crossover des deux tueurs les plus célèbres du cinéma fantastique est la concrétisation d’un fantasme entretenu pendant des décennies chez les fans de films d’horreur, même si le
procédé n’est pas nouveau. Qu’on se souvienne par exemple des multiples rencontres du monstre de Frankenstein, de Dracula et du loup-garou pendant l’âge d’or d’Universal, ou encore de la
mémorable lutte entre King Kong et Godzilla orchestrée par la Toho en 1962. Le final du rigolard "Jason va en enfer" annonçait déjà, avec dix ans d’avance, ce mythique affrontement entre le tueur
d’Elm Street et celui de Crystal Lake, et il faut croire qu’ici tout se passe comme si "Jason X" n’existait pas. Etant donné que la mise en scène en a été confiée à Ronny Yu, responsable d’un
réjouissant "La fiancée de
Chucky", tous les espoirs étaient permis.
Le film démarre par un résumé de l’histoire de Freddy Krueger, extraits des films précédents à l’appui. Aujourd’hui, le grand brûlé a été définitivement
vaincu. Depuis que tout le monde l’a oublié, il ne peut plus sévir dans les cauchemars de ses jeunes victimes. Son seul recours est de rappeler les habitants d’Elm Street à son terrible souvenir.
Pour y parvenir, il entre dans l’esprit mort-vivant de Jason Voorhees et l’incite à revenir à la vie une énième fois pour servir d’instrument à son retour. Le prétexte scénaristique est un peu
tordu, mais le public est prêt à beaucoup de concessions pour voir ce combat tant attendu entre Freddy et Jason. Malheureusement, l’intérêt du film tourne court dans la mesure où il s’y passe
rigoureusement tout ce qu’on attendait. C’est-à-dire des meurtres de teenagers crétins à coup de machette, et des cauchemars dans lesquels Freddy se marre en faisant crisser ses griffes. Ni plus,
ni moins.
Cette absence de surprises et de nouveautés est pour le moins décevante, car les mythes des deux croquemitaines ne font que se juxtaposer au lieu de
s’enrichir mutuellement, un peu comme si le monteur s’était contenté d’assembler un best of des meurtres de Jason et des rêves de Freddy, sans chercher à pousser plus loin le concept. A
une exception près : lorsque Freddy est sur le point d’assassiner une jeune fille qui rêve de lui, mais se fait devancer par Jason qui la tue avant lui dans le monde réel. Dommage que cette belle
idée tourne court et reste une tentative isolée. Quant à l’affrontement lui-même, il commence dans le monde des rêves, à coups de grandes empoignades musclées qu’on croirait issues d’un combat de
catch, pour se terminer à Crystal Lake, avec force jets de sang et explosions en tout genres.
Là où le délire et la démesure auraient pu battre leur plein, là où un second degré salvateur aurait pu apporter du recul et de l’humour, "Freddy
contre Jason" ne propose que de la routine, et une absence d’ambition pour le moins regrettable. Dommage, car lorsqu’il se laisse inspirer, Ronny Yu compose des séquences assez
surprenantes, comme le meurtre du jeune homme coupé en deux dans un canapé convertible, l’impressionnant bond de Freddy hors des eaux noires de Crystal Lake, ou le plan final qui révèle de très
graphique manière l’issue de ce match au sommet.
|
Un film n'est pas seulement une histoire que le cinéma vend, mais aussi une culture, un pays, un autre type de consommation. Cela, les Américains l'ont très bien compris. Bertrand Tavernier |