| titre original | "Death race" |
| année de production | 2008 |
| réalisation | Paul W.S. Anderson |
| interprétation | Jason Statham, Joan Allen |
| version précédente | "La course à la mort de l'an 2000", Paul Bartel, 1975 |
Review de Gilles Penso (www.filmsfantastiques.com)
A l’annonce d’un remake hollywoodien de la joyeusement subversive "Course à la mort de l’an 2000" produite par Roger Corman et réalisée
par Paul Bartel en 1975, les fans s’inquiétèrent sur le bien fondé de l’entreprise. Le studio Universal, désormais
acquéreur du concept, allait-il en conserver les aspects les plus politiquement incorrects ? Lorsque le nom du réalisateur du remake fut annoncé, l’inquiétude se mua en affliction. Car
s’il a toujours prouvé un penchant indéfectible pour les récits d’anticipation ("Soldier", "Event horizon"), Paul W.S. Anderson s’est surtout spécialisé dans
le massacre en règle de franchises pourtant pleines de promesse ("Mortal kombat", "Resident evil", "Alien Vs. Predator"). Alors que penser de cette nouvelle "Course à la mort"
?
Hélas, le résultat est encore pire que tout ce que l’on pouvait craindre. Du scénario original, co-écrit par Robert Thom et Charles Griffith d’après une
histoire d’Ib Melchior, le remake n’a conservé que l’idée basique d’une course automobile violente, évacuant prudemment toute satire politique, toute
critique sociale et tout l’humour noir que chérissait tant Roger Corman. C’est donc avec le sérieux d’un pape que Jason Statham incarne Jensen Ames, un
ouvrier en disgrâce. Licencié suite à la fermeture de l’usine où il suait sang et eau pour nourrir sa petite famille, il se retrouve accusé à tort du meurtre de son épouse et atterrit dans un
pénitencier dirigé d’une main de fer par Miss Hennessey (Joan Allen). Seul échappatoire : participer à la « course à la mort », une compétition automobile
sans foi ni loi qui oppose plusieurs prisonniers pilotant des véhicules customisés façon "Mad Max" et bourrés d’armes offensives.
Plusieurs victoires consécutives permettent aux concurrents de racheter leur liberté, tandis que Hennessey remporte à chaque fois un pactole grâce à un
audimat en hausse perpétuelle. Or notre héros est un ancien champion de courses de voitures, ce qui tombe plutôt bien. S’il accepte de participer au jeu, il doit le faire sous le masque de «
Frankenstein », le meilleur pilote de sa génération, dont on cherche à cacher la mort pour éviter les chutes d’audience. Et c’est parti pour une heure et demie de froissements de tôle,
d’explosions, de crissements de freins, de fusillades et de morts brutales. Lorgnant grossièrement du côté de l’imagerie des jeux vidéo, le film se structure sur une course en trois étapes et
présente chaque coureur sous forme d’un clip.
Les courses elles-mêmes sont illisibles, Anderson s’obstinant à cadrer ses véhicules en macro et à éviter les plans dépassant une durée d’une seconde.
Les poursuites de Michael Bay dans "The Rock" ressemblent presque à du "Bullit", en comparaison ! Autant dire que l’enjeu de la compétition - déjà bien peu palpitant - n’y gagne pas en
efficacité. C’est d’autant plus dommage que l’équipe des cascadeurs s’en est visiblement donnée à cœur joie, multipliant les voltiges et les destructions spectaculaires jusqu’à l’intervention
d’un semi-remorque cuirassé plutôt impressionnant. Edulcorée, niaise et sans âme, cette relecture de "La course à la mort de l’an 2000" se clôt sur un
happy end grotesque qui parachève le massacre.
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Un film n'est pas seulement une histoire que le cinéma vend, mais aussi une culture, un pays, un autre type de consommation. Cela, les Américains l'ont très bien compris. Bertrand Tavernier |